Auteur Maïté Debeuret

Le 3 mars 2008

« L’entrepreneuriat féminin : un formidable réservoir de croissance pour l’économie … »

Aujourd’hui les femmes représentent 46 % de la population active, alors qu’elles ne représentent que 28 % des entrepreneurs

Ce constat renouvelé d’année en année,  est issue d’une étude récente de l’APCE  (http://www.apce.com/cid69907/l-entrepreneuriat-feminin-un-vivier-de-croissance-pour-l-economie.html) assortie d’un communiqué de presse du Ministère des PME (http://www.pme.gouv.fr/entrepreunariat_feminin.pdf)  qui annonce les mesures envisagées suite aux conclusions du rapport, pour en  faire progresser le nombre.

Je ne suis pas sûre qu’il soit politiquement correct de me permettre un petit « coup de gueule» pour mon premier article sur le blog de la Caravane des Entrepreneurs, mais j’en ai assez d’entendre cette rengaine reprise en chœur dans les grands messes de l’entrepreneuriat et de voir si peu d’actions concrètes se mettrent en œuvre sur le terrain.

Précision préalable : aucune critique de ma part sur l’APCE -dont je recommande le site à tous les créateurs et repreneurs- ni sur l’étude elle-même, au contraire. Il était temps de disposer de données à jour sur l’entrepreneuriat féminin, puisque, mis à part quelques enquêtes IFOP ou OCDE,  il existait peu d’informations.

Seul l’Observatoire de l’Entrepreneuriat féminin mis en place par FIDUCIAL de 2001 à 2006 et leur remarquable « Livre Blanc de l’Entrepreneuriat Féminin » édité en 2001  brossait un tableau complet. Leurs 24 propositions pour un modèle français étaient extrêmement pertinentes.
FIDUCIAL a décidé, début 2007, de ne plus s’impliquer comme précédemment dans l’entrepreneuriat féminin, car rien ne bougeait !

Ce qui me consterne est de constater qu’entre 1999, quand on a commencé à faire des enquêtes et à distribuer des fonds européens pour promouvoir l’entrepreneuriat féminin (notamment dans le cadre du programme EQUAL)  et la dernière étude APCE, le pourcentage de femmes entrepreneurs n’a pas évolué en France et stagne à 28 %. Dans le même temps aux Etats-Unis il est passé de 38 à 48 % et a progressé dans la plupart des pays européens.

Le Ministre des PME Renaud Dutreil et Nicole Ameline (Ministre de la Parité) se sont fortement engagés pour valoriser l’Entrepreneuriat Féminin et certaines mesures indispensables ont enfin été prises, notamment pour la protection des conjoints collaborateurs.

J’ai l’impression qu’on stagne à la  « mobilisation des acteurs locaux ». Le plan d’action du  gouvernement actuel reprend peu ou prou les mêmes orientations, sans véritable mesure vraiment concrète.

Qu’est ce qui explique donc qu’après tout ce temps, alors qu’il y a de plus en plus de manifestations, de colloques, d’associations de femmes entrepreneurs, d’aides potentielles, et surtout de femmes qui déclarent avoir un projet, si peu passent à l’action ? 
Les moyens mis en œuvre ne correspondent pas aux besoins réels des femmes qui veulent créer leur entreprise !   

Qui s’inquiète d’aller les interroger sur leur terrain, là où elles sont réellement : à la sortie des écoles où elles doivent accompagner leurs enfants matin midi et soir, ou bien dans les zones isolées, dans les cités … ?

Mais quelle légitimité ai-je à tenir de tels propos sur l’entrepreneuriat féminin ?

Celle qui manque à la plupart des acteurs qui interviennent dans ce domaine, celle du vécu et de la pratique tout terrain !
Mes 37 années d’expérience m’ont permis de connaître tous les statuts.
J’ai commencé à travailler à 20 ans (pour vous éviter de compter j’en ai 57)  et après avoir été cadre d’entreprise pendant 8 ans, j’ai dû me mettre en disponibilité (ça allait de soi à l’époque) pour suivre mon mari à l’étranger, d’autant que j’attendais ma première fille.
J’en ai profité pour mettre la deuxième en route tout en restant dans le coup grâce à quelques missions d’intérim, notamment dans l’entreprise de mon époux pour le dépanner.
J’ai mis ainsi la main dans l’engrenage du travail en couple (qui fera l’objet d’un prochain article) et découvert les affres de l’entrepreneuriat.
J’ai commencé « travailleuse au noir » pendant deux ans, puis ai été promue conjoint salarié et au fur et à mesure que l’entreprise a grandi, associée, administrateur, PDG de filiales, jusqu’à ce que nous vendions notre PME familiale de 700 personnes fin 2001.
Puis le choix –après une courte pause- de repartir pour un tour avec la Caravane des Entrepreneurs de mon mari.

En 1999, j’ai eu un premier choc quand j’ai appris par le Conseil d’Etat qui m’avait contactée pour une enquête sur les Femmes Entrepreneurs, que je comptais parmi les 100 femmes qui avaient des responsabilités (Administrateur, DG ou PDG) dans des entreprises de plus de 500 personnes.
Le fameux plafond de verre, était encore plus bas à l’époque !
J’ai continué ensuite à m’intéresser à la création d’entreprises au féminin, à faire des recherches sur Internet, à participer à de nombreux colloques et manifestations, notamment sous le Ministère de Renaud Dutreil et Nicole Ameline, mais toujours dans la salle, avec les spectatrices.
J’ai vite constaté que les réseaux étaient fermés.
Il m’est vite apparu que le militantisme sincère et utile de certains acteurs, avait tendance par la suite à se transformer en carriérisme et se mélangeait avec le business.

Mon expérience la plus riche, je l’ai acquise sur les places publiques de toutes ces villes que nous avons visitées avec la Caravane des Entrepreneurs.
J’ai constaté combien il était difficile pour les femmes de porter un projet, même si j’avais moi-même fait le parcours du combattant en 1979 en créant une société de téléservices.

J’ai réalisé en écoutant ces centaines de femmes de tous profils et de toutes origines, qu’il existe un énorme décalage entre les difficultés qu’elles rencontrent et les besoins qu’elles expriment et la perception qu’on en a de l’extérieur, notamment dans les milieux favorisés.
Je crains que dans les hautes sphères on décrète les besoins des femmes entrepreneures sans s’assurer de leurs attentes et besoins !

L’image de la femme entrepreneure que l’on met en avant est souvent issue d’une catégorie socioprofessionnelle +, a fait des études, a su utiliser le système pour monter son projet, a pu s’organiser pour se former et surtout a su « vendre » son projet.
De temps en temps, pour faire bonne mesure on promeut aussi une jeune femme issue de l’immigration, mais dont le niveau est au moins Bac + 5.

Les profils des créatrices reçues dans la Caravane des Entrepreneurs sont complètement différents. Quant aux repreneures d’entreprises nous n’en rencontrons pratiquement pas.

Les créatrices ou repreneures interrogées pour l’étude font majoritairement partie de celles qui auraient entrepris dans tous les cas parce qu’elles sont entrepreneures dans l’âme et que leur environnement leur a donné les moyens de passer à l’acte. D’où ce taux assez constant de
28 % environ depuis les premières études.

Peut être que si nous n’avons pas progressé en matière d’entrepreneuriat féminin, c’est parce qu’on a extrapolé à partir de ces profils les besoins de ce qu’on appelle « le vivier de croissance » et que l’échantillon de départ n’est pas le bon ?

L’étude APCE va dans ce sens et indique que  « avant d’entreprendre, seules 2% étaient demandeurs d’emplois ».

J’ai souvent ressenti un sentiment de frustration et d’impuissance car je ne pouvais apporter des solutions complètes qui permettent de :

  • vaincre leurs blocages psychologiques
  • pouvoir les orienter vers la structure d’accompagnement adaptée
  • les aider à trouver les deux ou trois mille euros nécessaires pour démarrer le projet !
  • les former à minima compte tenu de leurs contraintes de déplacement et d’emploi du temps

Pourquoi les femmes entreprennent-elles si peu ?
Comment faîtes vous pour créer votre entreprise, si vous avez un projet construit mais que :

  • vous êtes dans une zone un peu excentrée et ne disposez pas d’un véhicule personnel
  • vous n’entrez pas dans les profils qui peuvent bénéficier des aides à la création pour les femmes
  • vous êtes femme au foyer, avec des enfants mineurs et personne pour vous les garder en dépannage
  • votre mari n’a pas d’emploi et/ou ne veut pas vous aider
  • vous n’avez pas Papa Maman sur qui compter (garder les gosses, voire vous donner un petit soutien financier)
  • vous n’avez pas d’ordinateur
  • vous n’avez pas confiance en vous, car vous avez perdu le contact avec l’entreprise et vous vous sentez minable par rapport à ces femmes qui ELLES réussissent
  • vous avez besoin de formation à la création et en gestion de l’entreprise, mais vous devez vous déplacer pendant plusieurs jours pour la suivre
  • vous ne savez pas à qui vous adresser et comment vous y prendre
  • vous vous êtes fait « jeter » la première fois que vous avez présenté votre projet, parce que vous aviez du mal à l’exposer clairement
  • et parce qu’il vous manque quelques milliers d’euros pour démarrer !

… réponse : vous faîtes partie de celles qui ruminent dans leur coin et ne passent pas à l’acte !
Dans un prochain article je serai plus positive et vous soumettrai mes solutions

Auteur : Maïté Debeuret
Caravane des entrepreneurs  - Tv des entrepreneurs

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le 15 février 2008

Qu'est ce qui pourrait vraiment aider les femmes à entreprendre ?
En vrac et merci de compléter de vos suggestions !

1. Arrêter de se poser comme questions fondamentales de la problématique de l’entrepreneuriat au féminin :

- est-ce que les femmes viennent de VENUS (et les hommes de MARS) ?
- à quelle hauteur se trouve le  « plafond de verre » ?
- le mode de management au féminin est-il plus au moins performant ?
- comment concilier vie professionnelle et vie personnelle ?
- est ce qu’une femme obtient plus difficilement un financement ?
- comment développer mon activité à l’international grâce aux réseaux ?

car franchement depuis 10 ans que les colloques organisés à grands frais tournent autour de ces thèmes –ce qui n’enlève rien à leur intérêt- il est grand temps de quitter Mars et Vénus et de recentrer le débat sur des questions très terre-à-terre. Le militantisme qui a commencé pour et par le haut de l’échelle doit maintenant se mettre à la portée et au service de la majorité silencieuse.

2. Trouver les réponses aux blocages basiques, majoritairement matériels, énoncés dans mon article précédent, par exemple :

- donner aux créatrices non salariées ou non inscrites aux Assedic les mêmes droits qu’aux salariés pour la garde des enfants (cantine, halte garderie),
- mettre à disposition de celles qui ne sont pas équipées, un équipement informatique basique à un coût symbolique (récupération de matériel de grandes entreprises, lors des remplacements de parcs, avec des logiciels libres, connexion Internet …) pour leur permettre de travailler chez elles

3. Prendre conscience que le plus fort potentiel de femmes non actives, pouvant créer une activité et leur entreprise, se trouve dans les métiers traditionnels : services, artisanat, commerce. Revaloriser les projets de création d’entreprise dans ces domaines et modifier le discours de certains milieux vis-à-vis de ces « petits projets ». Admettre que la micro entreprise est une entreprise et qu’elle peut se développer et créer des emplois si on l’accompagne un minimum.

4.  « Mobiliser les Acteur Locaux » à condition de ne pas consommer plus de fonds publics en augmentant le nombre d’acteurs, mais  amener ceux qui existent déjà à être plus efficaces, à coopérer et fédérer tout en mesurant leurs résultats. Ce qui compte c’est le pourcentage d’aides qui revient aux créatrices et qui n’est pas consommé par les frais de structure des réseaux d’accompagnement.

5. Miser sur des actions de proximité et organiser l’accompagnement localement : par exemple en formant les responsables d’associations, MJC, missions locales, Maisons de l’Emploi, associations de quartiers, animateurs ZFU, les travailleurs sociaux,  à la démarche de création pour qu’ils sachent repérer les projets, informer et orienter vers les structures d’accueil. En allant à la rencontre des projets sur le terrain et en adaptant le discours en fonction de leur culture, on peut vaincre les blocages psychologiques des futures créatrices.

6. Pour éviter l’abandon au premier échec, il faudrait mettre au point une sorte de carte vitale de la créatrice (et pourquoi pas du créateur) qui permette de suivre son parcours et de vérifier ses progrès, le rôle du généraliste pouvant être tenu par un tuteur bénévole. S’il faut savoir, dans certain cas, prendre le risque de décourager le porteur de projet plutôt que de le laisser aller dans le mur, ce ne doit pas être sur une première impression, mais avec la certitude que toutes les étapes ont été respectées. De quel droit casse t-on quelqu’un dont le projet est le dernier espoir, sur une impression strictement subjective que c’est un « projet fumeux ».  Quand je vois une association se satisfaire d’avoir retenu 23 demandes de créatrices sur 700,  je m’inquiète de savoir ce que sont devenues les 677 rejetées ? Il est normal qu’il y ait une sélection, mais que de gâchis. C’est comme si on avait de la pâte pour un gros gâteau et qu’on jette tout ce qui ne rentre pas dans le petit moule que l’on possède. Dans la Caravane des Entrepreneurs nous voyons beaucoup de porteuses de projets qui ont été découragées, sûrement parce qu’elles étaient mal préparées. Elles ne savent plus comment s’y prendre et on honte de présenter leur projet alors qu’elles méritent souvent l’admiration.

7. Favoriser et soutenir les initiatives privées : combien de fois me suis-je entendu dire c’est bien ce que vous faîtes, mais on ne peut pas vous aider car vous êtes privés. Or de nombreux entrepreneurs, actifs ou retraités sont prêts à aider bénévolement, voire à investir financièrement dans des projets. Les mesures fiscales pour l’investissement dans les PME sont une excellente chose et elles pourraient pour les projets de création faire l’objet d’un abondement complémentaire par des fonds publics. Car si un entrepreneur risque son argent personnel, c’est que le projet mérite d’être soutenu.

8. De la même façon, comme les banques sont frileuses, il faudrait qu’il y ait des fonds d’investissements spécialisés pour les TPE, avec une charte qui implique formation et accompagnement des bénéficiaires.

9. Elargir l’ACCRE aux créatrices qui ne sont pas inscrite à l’ANPE, au RMI ou élève seule leur enfant, en prévoyant éventuellement un seuil de ressources maximum du foyer fiscal.

10. SIMPLIFIER et FACILITER le mode de distribution des aides d’un montant inférieur à 2 000 €. Certaines aides d’un montant plus important, comme le FGIF, sont peu connues et nécessitent de passer par des structures qui n’ont pas la proximité ou les moyens de traiter les dossiers en nombre, d’où un faible nombre de projets sélectionnés.

11. Arrêter de prendre le taux de défaillance (plus de 3/5 qui ne passent pas les 3 ans) comme un fait acquis et les entreprises créées par les femmes sont encore plus fragiles. Il n’y a pas de fatalité, mais un défaut de préparation, de formation, d’accompagnement individuel, de conseils en gestion, de travail en réseau … Il faut accompagner avant la création, mais aussi au démarrage et dans les mois qui suivent. L’accompagnement post création fait partie des mesures envisagées dans le cadre de la nouvelle Politique pour les banlieues et il devrait être étendu à tous les micros projets. Le coût de la prévention est nettement inférieur à celui de la disparition de toutes ces petites entreprises, outre les conséquences humaines de l’échec pour les porteurs de projets.

12. Aider au développement et faciliter les premières embauches : de nombreuses femmes micro entrepreneurs rencontrées dans la Caravane ont peur de recruter leur premier salarié. Elles préfèrent vivoter seules, alors qu’elles pourraient sans problème développer leur chiffre d’affaires. Elles ont peur de la complexité, pensent qu’elles auront du mal à faire marche arrière en cas de problème. Résultat : déjà que les femmes entreprennent peu, elles ne créent pas suffisamment d’emplois …

13. Organiser des formations adaptées : le gouvernement envisage de « Développer des formations spécifiques aux femmes », des cours de langues étrangères : bonne idée, mais qu’on se penche avant sur leurs contraintes et leurs besoins basiques. S’il faut qu’une future créatrice engage une assistante à domicile le temps qu’elle va passer à aller se former, plus les déplacements, il ne faut pas s’étonner qu’elle ne se forme pas, notamment à la gestion de l’entreprise. En 2000 les études de l’OCDE prônaient la formation VIDEO associée à un tutorat, mais il y a eu peu d’initiatives, notamment parce que cela remet en cause le système de formation présentiel existant et que ces formations ne sont pas agréées, compte tenu des résistances au changement.

14. Promouvoir aussi l’entrepreneuriat féminin par la base. Les success stories au féminin sont des emblèmes, mais toutes les besogneuses, qui se débrouillent comme elles peuvent dans leur coin et arrivent quand même à s’en sortir malgré leurs handicaps, ne méritent-elles pas aussi la reconnaissance ? Même si les projets sont moins sexy, ils peuvent générer bien plus d’espoir et de vocations que des exemples qui ne sont pas à la portée de toute une chacune.  A de rares exceptions, j’ai l’impression que le milieu associatif ne se préoccupe pas suffisamment de ces projets, même si cela fait partie de leur objet. Il n’y a rien à dire quand les associations s’autofinancent, cela me gêne quand elles perçoivent des subventions.

Pour finir, Mesdames, enfin une bonne nouvelle : les outils formations à distance dont vous avez besoin existent sur www.tvdesentrepreneurs. . Il nous a fallu du temps pour trouver les moyens de les mettre gratuitement à votre disposition. Les pouvoirs publics ne nous ont pas aidés ce qui prouve qu’un(e) entrepreneur(e) ne doit pas reculer à la première difficulté.

J’espère que vous serez nombreuses à en profiter et que le catalogue s’enrichira rapidement grâce à la contribution des experts masculins et féminins.

J’attends également vos témoignages sur les difficultés que vous rencontrez et vos suggestions pour faire bouger les choses. Aidez nous à mieux vous aider et ayez confiance en votre projet !

Auteur : Maïté Debeuret
Caravane des entrepreneurs  - Tv des entrepreneurs 

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