Elles ont dû attendre 2006 pour voir leur congé maternité s'aligner sur celui des salariées. Et leur croisade est loin d'être terminée.
26 ans, c'est le nombre d'années qu'il a fallu aux femmes médecins généralistes libérales pour bénéficier d'un congé maternité indemnisé au même titre que n'importe quelle femme salariée (décret d'application du 02.06.2006). « C'était un vrai travail de fourmi et de très longue haleine » se souvient le docteur Nicole Bez, chargée de la mission femmes médecins à MG France, le syndicat des médecins généralistes, et militante de la première heure. «Je me suis installée en 1979, à Lyon. C’est lorsque j’ai été enceinte de mon premier enfant que j’ai découvert qu'il n’existait aucun mécanisme prévu pour indemniser les congés maternité des femmes médecins, alors qu'elles devaient assumer les frais de leur cabinet, voire de leur salariés. Ca m’a révoltée et j'ai décidé de me battre contre cette injustice ».
Un métier d'homme
L'historique de ce long combat résumée sur le site de MG France illustre les réticences d'une profession essentiellement masculine et discriminante pour les pionnières de la santé libérale, surnommée aujourd'hui « la génération sacrifiée ». « Le congé paternité instauré en 2002 a aussitôt été aligné sur les hommes médecins libéraux. Ils pouvaient en bénéficier sans souci. Alors que nous devions prendre des vacances pour accoucher ! » rappelle Dr Nicole Bez, mère d'une fille médecin et d'un garçon kiné, tous deux désireux de s'installer à leur compte.
Il est où le docteur ?
« Quand on était dans le bloc opératoire et que l’on tenait les écarteurs, le chirurgien nous disait que l’on prenait la place des hommes, que l’on ferait mieux d’être de bonnes épouses… » raconte celle qui fut alors jeune interne dans un hôpital de la Drôme. Excédée par ces remarques machistes, Nicole Bez a claqué la porte, un coup d'éclat qui l'a amené à passer en conseil de discipline pour abandon de poste. Et côté clientèle, ce n'était guère mieux : il a fallu faire ses preuves. « J’avais 26 ans quand j’ai ouvert mon cabinet. Un patient m’a demandé où était le docteur. »
Parmi les 94 281 médecins généralistes et spécialistes libéraux, salariés et mixtes, 36 949 sont des femmes dont 16 645 travaillent en libéral (source : L'ordre national des médecins, janvier 2010)
De nouveaux combats
Aujourd'hui à 58 ans, soutenue par les jeunes internes (ISNAR IMG) et médecins (SNJMG), Nicole Bez continue à défendre les droits de ces consoeurs, et par la même occasion de toutes les autres professionnelles médicales libérales : kinésithérapeutes, infirmières, orthophonistes... Ses nouveaux combats portent sur un doublement de l'indemnité maternité, sur la prise en charge de l'arrêt maternité dès le premier jour (et non au 3ème mois de congés pathologiques), sur la retraite qui pénalisent les femmes nées dans les années 50 à qui il manque beaucoup de trimestres. Une entrevue est prévue en mai-juin prochain pour évoquer ce sujet avec Emmanuelle Latour, la conseillère de Roseline Bachelot, pour le droit des femmes et la promotion de l'égalité hommes/femmes.


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